Commentaire de la Sîra sur la vocation de Mohammed

 


 

Le livre qu'apporte l'ange


C'est le livre que Mohammed recevra en entier lors de son Ascension en 621.

Ce livre, Moïse l'a reçu (Coran 28.43, 32.23, 37.117, 40.53, 41.45), de même Jean-Baptiste (19.12), de même Jésus (3.48, 19.30)

Tous les Envoyés ont été envoyés dans le monde avec ce Livre, si bien que les communautés formées par les Envoyés sont appelées Ahl al-kitâb ("gens du Livre").

Le Livre communiqué à Mohammed et dont l'ange lui a montré l'archétype céleste est le même que celui donné aux autres apôtres avant lui. Le Coran de Mohammed est considéré comme l'édition terrestre de cette Ecriture céleste.

Mais personne ne possède la totalité du Livre céleste. Ceux qui l'ont reçu n'en ont reçu qu'une portion (3.23), y compris Mohammed (35.31).

Mohammed a reçu ce livre par bribes.

Une Prédication [Coran] a été par Nous [Dieu] fragmentée, pour que tu la prêches aux hommes avec lenteur et Nous l'avons fait descendre de manière répétée (Coran 17.106)


La réponse de Mohammed

Le Prophète répond: mâ aqra'u, expression que l'on peut comprendre de deux manières:

  1. je ne réciterai pas
  2. que dois-je réciter ?

 Le verbe qara'a et son dérivé qur'ân appartiennent au vocabulaire religieux que le christianisme a introduit en Arabie.

Qara'a signifie "réciter un livre", tandis que qur'ân correspond au qeryâna syriaque employé pour désigner la récitation liturgique de l'Ecriture.

L'ange demande donc à Mohammed de réciter, c'est-à-dire de rendre un culte à Dieu. C'est donc un ordre d'adoration adressé à Mohammed, et à lui seul. Il est d'ailleurs possible qu'à cette époque l'idée ne lui soit pas encore venue de prêcher à d'autres.


 Le refus et la contrainte

On trouve dans la Tora (Ancien Testament) des situations similaires.

Moïse (Exode 3.11): "Qui suis-je pour aller vers Pharaon et faire sortir d'Egypte les fils d'Israël ?"

Jérémie (Jérémie 1.6): "Je ne saurais parler, je suis trop jeune"

Mais ensuite Jérémie, lui aussi, se soumet (Jérémie 20.7):

"Tu m'as persuadé. Tu m'as vaincu".

La traduction par Luther est encore plus belle:

"Herr, Du hast mich überredet, und ich habe mich überreden lassen"

Le refus de Mohammed est le plus abrupt. Dieu s'impose véritablement à lui. Il ne sent aucune échappatoire possible:

Nul ne me protège contre Dieu !

Je ne trouverai pas de refuge en dehors de Lui,

Sauf en transmettant une communication et des messages de Dieu

(Coran 72.22-23)


Mort initiatique

Nous sommes en présence ici d'une expérience de mort initiatique, où se révèle le double visage de la mort: souffrance et libération, puisque c'est au terme de cette épreuve que Mohammed naîtra prophète de l'islam, c'est-à-dire étymologiquement du "don de soi-même à Dieu".


 "Envoyé de Dieu"

En arabe "rasûl Allâh".

C'est un titre qui a une longue histoire.

 

  1. Mani (216-177), dans le manichéisme de langue arabe, portait le titre de "rasûl an-nûr" ("Envoyé de Lumière"), rasûl traduisant le syriaque shelîhâ ("envoyé").
  2. Dans le Nouveau Testament, Jean-Baptiste est appelé apestalmenos ("envoyé", Jean 3.28).

En Hébreux 3.1, Jésus est appelé "apôtre (ou: envoyé) et grand-prêtre". Ensuite, il faudra attendre l'Apologie de Justin (2ème s.) pour que le terme soit à nouveau rencontré.

Le Nouveau Testament, ainsi que la littérature chrétienne ancienne, possède donc la notion d'une figure, l'Apôtre, qui est envoyé par Dieu pour apporter la Révélation. L'usage du terme d'apôtre n'est pas restreint au Nouveau Testament, mais inclut aussi des figures vétéro-testamentaires, telles que MoÎse, Esaïe, Jérémie.


 Immensité de l'ange


 On peut trouver un parallèle d'histoire des religions: Elxai (formateur de Mani) avait déjà rencontré un ange de cette dimension.


 L'interruption de la Révélation ou Fatra

 La tradition musulmane unanime admet qu'il y eu un trou de 2 à 3 ans dans la Révélation. Il est très difficile de reconstituer la chronologie de ce trou. M. Watt y voit la transition entre ministère privé et ministère public. Cette fatra se serait terminée par la révélation de la sourate al-Muddaththir (sourate 74). Le verset "Lève-toi et avertis !" marquerait le passage au ministère public.


 Nâmûs


 C'est une arabisation du terme grec nomos, qui désigne la Loi, la Tora.

La remarque de Waraqa b. Nawfal signifie donc que ce qui a été révélé à Mohammed est à identifier avec les Ecritures des juifs et des chrétiens.   

 

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