La traduction du Coran

 


 

C'est en latin que le Coran fut traduit pour la première fois sous l'impulsion de l'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable (1092-1156).


A la faveur d'un voyage en Espagne entre 1141 et 1143, Pierre le Vénérable, créa avec le concours de l'archevêque Raymond de Tolède une équipe dirigée par un Anglais, Robert de Rétines, assisté d'un Dalmate nommé Herrman. ces deux clercs semblent s'être bornés à donner leur avis sur les passages d'interprétation délicate et le véritable traducteur est un certain Pierre de Tolède, probablement un converti à qui la langue latine n'était pas aussi familière que l'arabe, ce qui amena Pierre le Vénérable à lui adjoindre un coadjuteur appelé aussi Pierre, de l'ordre de Cluny, chargé de revoir le style de la traduction.


Ce travail ne précède que de quatre ans la deuxième croisade (1147-1149). Il était destiné à la propagande contre l'islam. Pierre écrivit à St Bernard: " Mitto vobis, carissime, novam translationem contra pessimum nequam Machumet haeresim disputandem." 


Ce n'est pas une traduction. Le texte arabe est simplement un résumé. Durant cinq siècles, la chrétienté l'utilisera dans ses controverses contre l'islam. La Renaissance s'en est montrée satisfaite. C'est cette version que publiera l'humaniste et  théologien suisse Theodor Buchmann  ou Theodorus Bibliander en 1543 à Bâle, sous le titre de Machumetis, Saracenorum principis ejusque successorum vitae et doctrina, ipseque Alcoran, quae Petrus abbas cluniacensis....ex arabica in latinam transferri curavit (cote BNUS R10732 pour l'édition de 1543, et D 25803 pour l'éd. de 1550).


C'était un acte d'audace pour l'époque, car les Turcs étaient devant Vienne depuis 1529. On traduisait le livre de l'ennemi, un ouvrage donc hautement subversif, et, pour digérer ce venin, Bibliander l'a fait précéder de trois préfaces, l'une de Philippe Mélanchthon, la deuxième de lui-même, la troisième du traducteur Robert qui démontre la fausseté du Coran. Il est suivi d'un plus grand nombre encore de réfutations de l'islam.


Au 17ème s., Du Ryer (1580-1660), qui fut longtemps consul de France en Egypte et à Constantinople, entreprit de vulgariser le livre sacré de l'islam en Europe et publie en 1647 l'Alcoran de Mahomet. Cette traduction fut immédiatement accueillie avec une grande faveur, due à ce que le public lettré de l'époque s'intéressait au monde islamique beaucoup plus que nous ne le croyons actuellement. En cinq ans, il y eut cinq éditions. Elle a été elle-même traduite en anglais, néerlandais et en allemand.


En 1698, paraît la traduction de Marracci à Padoue, avec une réfutation de l'islam. Elle est de bien meilleure facture que celle Du Ryer. Elle comporte une très abondante annotation, mais l'esprit est encore polémique.


En 1734 paraît la traduction de George Sale, The Koran commonly called the Alcoran of mohammed, avec une exergue "nulla falsa doctrina est quae non aliquid veri permisceat" ("Il n y a nulle fausse doctrine d'où ne transpire quelque chose de vrai") avec un Preliminary Discourse, qui est un exposé relativement objectif de l'islam. Nous sommes au Siècle des Lumières. C'est à cette traduction que la bonne société française, notamment Voltaire, doivent ce qu'ils connaissent de l'islam et du  Coran.


En 1782-83, paraît la traduction de Claude Savary. Savary connaissait bien le dialectal, mais insuffisamment la langue écrite (elle est encore publiée aux Ed. Garnier). c'est une traduction imparfaite et pleine d'erreurs.


Actuellement, on trouve sur le marché de très nombreuses traductions du Coran, notamment celles de Hamidullah (bilingue arabe français, préférer la deuxième édition, indique les parallèles bibliques !), Tidjani et Pesle, Si Hamza Boubakeur (la seule en français avec un commentaire fort érudit), de Montet (à éviter), de Kazimirski (dépassée), de R. Blachère (excellente, préférer l'édition reclassant les sourates par ordre chronologique, hélas seulement disponible en bibliothèques), Denise Masson (excellente), de Jacques Berque (excellente), de Chouraqui, de Khawwam etc... En allemand, les meilleures sont les traductions de Rudi Paret (préférer l'édition avec commentaire et concordance) et de Max Henning. En anglais, la meilleure est celle de Kenneth Craig.

 

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