Dieu seul créateur et la prédestination

  L'islam entend "création" au sens absolu: production d'une chose à partir du néant, passage du non-être à l'être. Le Coran, déjà, insiste que quand bien même nous pensons créer., c'est en fait Dieu qui crée à travers nous. Dans la pro-création précisément,  nous ne sommes créateurs que par procuration. Et c'est Dieu qui nous a donné procuration.

" C'est Dieu qui vous a créés, vous et ce que vous avez fait " (Coran 37.96).


Ce verset coranique a causé beaucoup de difficultés d'interprétation et pose en fait le problème de la prédestination. S'il est facile de comprendre pourquoi le Coran clame que Dieu nous a créés, il est moins facile de comprendre comment Dieu crée "ce que nous avons fait", donc nos actes.


Historiquement, trois interprétations ont été proposées.


1) Les mu'tazilites (le mu'tazilisme a été la doctrine officielle de l'empire musulmane de 827 à 847) professent que Dieu a créé directement le monde au début des temps. Mais pour les actes humains, c'est l'homme lui-même qui les crée directement. Il sont créés en quelque  sorte indirectement par Dieu, puisque c'est Dieu qui a doté l'homme du pouvoir créer ses propres actes.


2) Les maturidites font une distinction de type aristotélicien entre la substance et l'accident. Dieu crée la substance de tous les actes, y compris ceux de l'homme, mais c'est l'homme qui est responsable de l'accident, c-à-d de la qualification morale de l'acte, qui en fera un acte bon ou un acte mauvais. Dieu, par exemple, a créé en nous la faculté de parler (c'est la substance), mais n'est pas engagé dans l'utilisation que nous faisons de la parole (l'accident).


3) Les ach'arites affirment la création directe par Dieu à la fois de la substance et de l'accident. Dieu, dit al-Ach'arî (873-935), crée les actes bons comme les actes mauvais. Mais cela ne signifie pas que le Créateur soit injuste ou impie. "Dieu ne commande pas le mal, mais l'interdit. Il n'approuve pas le mal, alors même qu'Il le veut " (in Maqâlât). Par une telle formulation, al-Ach'arî tente évidemment de concilier l'inconciliable: la toute-puissance divine et la responsabilité morale de l'homme dans ses actes. 

Le Coran affirme concomitamment les deux, sans proposer de doctrine qui fasse le pont entre les ceux affirmations: " Dieu égare qui Il veut et dirige qui Il veut " (16.93, cf 76.29-30), "Le bien qui t'arrive vient de Dieu, le mal qu'il t'arrive vient de toi " (4.79). Cf. Esaïe 45.7: "C'est Moi qui suis le Seigneur, il n'y en pas d'autre. Je forme la lumière et Je crée les ténèbres. Je fais le bonheur et Je crée le malheur. C'est Moi le Seigneur qui fais tout cela".


Al-Ach'arî s'est sorti de ce dilemme par la doctrine de l'acquisition (iktisâb).  Certes, c'est bien Dieu, et Dieu seul,  qui crée tous les actes, y compris les nôtres,  les bons comme les mauvais. Mais d'un autre côté , les actes que nous commettons sont également bien les nôtres,  parce que nous nous les sommes acquis. Mais nous ne faisons précisément que les acquérir sans les avoir créés. Cette acquisition fait que ces actes nous seront imputés juridiquement et que nous répondrons d'eux devant la Loi  ici-bas et de manière ultime au Jugement Dernier.

 

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