Sohravardi (1155-1191)

 

 

Shihâb ad-dîn Yahyâ Sohravardî, surnommé al-cheikh al-maqtûl ("le maître assassiné" , à Alep à 36 ans), naquit à Sohravard en Iran en 1155.


Il fit ses études à Marâgheh en Azerbaïdjan auprès de Majd ad-dîn Jîlî, qui eut aussi pour élève Fakhr ad-dîn ar-Râzî, le grand philosophe et médecin. Puis on le retrouve à Ispahân, où précédemment Avicenne (980-1037) avait déployé son activité.


Il mena une vie itinérante, fréquentant les communautés soufies. Epris de solitude, il gravit toutes les étapes de la vie mystiques.


Puis il se rendit à Alep, où il devint l'ami du gouverneur Al-Malik az-Zâhir, l'un des fils de Saladin (1138-1193).

Lui aussi (comme Ibn 'Arabî) ne respecta pas la discipline de l'arcane (le kitmân). Les fuqahâ' (docteurs de la Loi) l'accusèrent donc d'impiété (kufr).

Principale doctrine: si le cycle de la Prophétie est clos, celui de l'inspiration reste ouvert. Sous la succession de la walâya (la sainteté) se cache la continuation d'une prophétie secrète.


Malgré l'opposition d'al-Mâlik az-Zâhir, Sohravardî dut périr, mais on ne sait pas exactement dans quelles circonstances. Il fut assassiné à Alep le 29 juillet 1191, à l'âge de 36 ans (ou de 38 années lunaires).


Il écrivit 50 livres en arabe et en persan. Son oeuvre majeure est le Kitâb hikmat al-ishrâq (" Livre de la théosophie orientale").: " Ce livre c'est l'Esprit Saint qui l'inspira à mon coeur, d'un seul coup, lors d'une journée merveilleuse, bien que je n'aie réussi à le mettre par écrit qu'au cours de plusieurs mois, à cause des difficultés occasionnées par mes voyages".


La vocation


Sohravardî décrit ainsi sa vocation dans le Kitâb hikmat al-ishrâq (§ 166):

" L'auteur de ces lignes avait commencé par être un rigoureux défenseur de la doctrine des Péripatéticiens ( disciples d'Aristote) en ce qui concerne la négation de ces choses [les réalités spirituelles], car il éprouvait un attachement excessif pour leur doctrine. Et il aurait persévéré dans cette attitude, s'il n'avait vu lui-même la preuve décisive donnée par son Seigneur [c-à-d la vision directe des Pures Lumières]".


Sohravardî veut dire qu'il a vu par vision directe que toutes les formes, figures ou espèces qui sont en ce monde-ci ne sont que les icônes ou images, les ombres ou silhouettes de Formes de lumière immatérielle qui existent dans le monde de l'Intelligence.


Il poursuit:

" Si quelqu'un n'ajoute pas foi à ce témoignage et si cette preuve ne lui suffit pas, eh bien ! qu'il assume à son tour la pratique des exercices spirituels et qu'il se mette à l'école des maîtres  qui ont le don visionnaire "

" Les sages de la Perse et de l'Inde sont, eux aussi, unanimes sur ce point ! Eh bien ! puisqu'en matière d'astronomie l'on prend en considération les observations faites par une ou deux personnes, comment ne pas prendre en considération les déclarations explicites de ceux qui furent les piliers de la sagesse et de la prophétie, concernant quelque chose dont ils avaient eu, eux, la vision directe pendant leurs observations spirituelles ".


Pour aller plus loin: H. CORBIN, En islam Iranien, aspects spirituels et philosophiques, II,  Sohravardî rt les platonicien de Perse, Gallimard, 1971