Biographie de Ghazâlî (1058-1111)

 

 

 

Ghazâlî a vécu aux temps troublés des sultans turcs seldjoukides Mâlik Shâh (mort en 1092), et de son successeur le Bouyide Barkiyâruq ( à partir de 1095), du vizir Nizâm al-Mulk et des califes sunnites abbassides al-Qâ'im (jusqu'à 1075), puis al-Muqtadî (1075-1094) , puis al-Mustazhir.


Les Sedjoukides entrent dans Bagdad en 1055. Pendant 13 mois le calife refusera de  rencontrer le sultan seldjoukide Mâlik Shâh.


Sa formation


Ghazâlî naquit à Tûs , en Iran, en 450/1058.

Il étudia le fiqh à Tûs, puis à Nîsâbûr (1081-1085) auprès d'al-Djuwaynî (acharite et chaféite)

En même temps, il s'initia au soufisme. 


A la mort d'al-Djuwaynî (1085), Ghazâlî entra au service du vizir Nizâm al-Mulk, également de formation acharite et chaféite, qui, pour promouvoir l'acharisme et le chaféisme, avait fondé à Bagdad la Nizâmiyya. Il voulait ainsi lutter contre les dangers de la propagande ismaëlienne.


Le séjour à Bagdad (juin -juillet 1091 - novembre 1095)


Ghazâlî fut nommé directeur de la Nizâmiyya par Nizâm al-Mulk pour y enseigner le droit chaféite (contre les progrès du hanbalisme) et la théologie acharite.


A la suite de l'assassinat de Nizâm al-Mulk (le 14 octobre 1092, par un terroriste ismaëlien déguisé en soufi), puis de la mort (probablement par empoisonnement ) du sultan Mâlik Shâh, et enfin de la mort suspecte ( à 38 ans, probablement par empoisonnement) du calife al-Muqtadî (4 ou 8 février 1094), Ghazâlî quittait Bagdad en novembre 1095, sans esprit de retour.


Ces quatre années de séjour à Bagdad furent des années de fécondité intellectuelle remarquable.

Il y composa des oeuvres de fiqh: le Basît, le Wasît, le Wadjîz, un traité de divergence entre chaféites et hanéfites (le Ma'khadh al-khilâf) et diverses fatwa-s, des oeuvres philosophiques, les Maqâsid (1094-1095), le Tahâfut ("Auto-destruction des philosophes") et le Mîzân al-'amal.


Dans les Maqâsid, il démontre que l' attachement aux idées fondamentales de l'islam pouvait parfaitement s'accorder avec les spéculations scientifiques des philosophes.


Dans le Tahâfut (achevé le 9 février 1095), il fait le procès de la falsafa (philosophie arabe d'origine grecque) avec une relative modération, n'excommuniant les philosophes que sur trois points:l'affirmation de l'éternité du monde, la négation de la connaissance par Dieu des êtres et des actes singuliers (djuz'iyyât), et la négation de la résurrection des corps.

Affirmer l'éternité du monde, à côté de celle de Dieu, aussi bien dans le passé (azaliyya) que dans l'avenir (abadiyya) était, en effet, de nature à affaiblir l'idée centrale de la doctrine islamique: la toute-puissance (rubûbiyya) de Dieu, créateur et législateur, et par là même à conduire à une théologie dualiste.

Refuser à Dieu la connaissance des êtres et des actes singuliers met en cause la doctrine sunnite du Jugement Dernier, qui ne prend de sens que dans la mesure où Dieu, souverain juge, peut avoir une connaissance parfaite du fond même des consciences et des pensées les plus intimes de ceux sur lesquels s'exerce son jugement.

Enfin, nier la résurrection des corps, c'est heurter de front les données du Coran et de la Sunna sur un point essentiel.


Le départ de Bagdad (1095)


" Je quittai donc Bagdad après avoir distribué mon argent, ne gardant que le strict minimum pour nourrir mes enfants. En effet, mon argent irakien était réservé aux bonnes oeuvres, investi en fondations pieuses destinées aux musulmans. Or, je ne voyais dans le monde d'autre bien que le savant pût mieux utiliser pour sa famille " (Munqidh min ad-dalâl).

 

La retraite religieuse et les dernières années (1095-1111)


Ghazâlî se rendit d'abord à Damas, puis à Jérusalem et enfin à La Mecque.


" De Damas, j'allais à Jérusalem; chaque jour je m'enfermais dans le sanctuaire du Rocher. Ensuite vint l'appel des Lieux Saints, du pèlerinage à La Mecque et de la visite à la tombe du Prophète à Médine, après la visite de la tombe d'Abraham à Hébron. Et je me mis en route pour le Hedjaz" (Munqidh min ad-dalâl 39/99).


On suppose qu'il fit son pèlerinage le 8 Dhû l-Hijja 489, c-à-d le 27 novembre 1096.


Au cours de son séjour à Damas et à Jérusalem, il résida sans doute dans deux zawiya ou madrasa auxquelles il devait laisser son nom. La Ghazâliyya de Damas était une madrasa chaféite fondée avant 1087. On suppose que c'est dans la Ghazâliyya de Jérusalem que son immense et plus célèbre ouvrage, l'Ihyâ' 'ulûm ad-dîn, fut mis en chantier.

Sur le chemin du retour, il s'arrêta brièvement à Bagdad, sans être reçu par le calife.


L'étape suivante était Hamadhân où il arrivait en 491 ou 492 (1099).

Il arriva enfin vers 493/1100 à Tûs, sa ville natale, où il mena la vie assez indépendante d'un professeur de fiqh, donnant des leçons, mais à titre privé et s'adonnant au soufisme.

 

Pour aller plus loin:

Henri LAOUST, La politique de Ghazâlî, Geuthner, Paris

Traductions d'oeuvres de Ghazâlî:

Ghazâlî, Al-Munqidh min ad-dalâl (erreur et délivrance), Collection d’œuvre représentatives de l’UNESCO.

Ghazâlî, Lettre au disciple, Collection d’œuvre représentatives de l’UNESCO

Ghazâliî, Le Tabernacle des lumières, Paris, 1981

.Ghazâlî, Temps et prières, Paris, 1980

Ghazâlî, Le Livre du repentir, Paris, 1999

Ghazâlî, L’apaisement du cœur, Paris

Ghazâlî, La perle précieuse, Paris, 2000

Ghazâli, Le livre de la pauvreté et du renoncement, trad. R. Stehly, Le Courrier du Geri, 2000 

 

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