Le laïcisme


Les tentatives de laïcisations commencèrent en Turquie par la promulgation le 3 novembre 1839 d'une ordonnance 'l'ordonnance de 1839) qui proclamait pour la première fois l'égalité devant l'Etat de tous les sujets de l'empire ottoman, quel que soit leur religion.

La Constitution fut promulguée le 24 décembre 1876: égalité de tous les ottomans devant la loi, quelle que soit leur confession, accès de tous les ottomans, quelle que soit leur religion , à la fonction publique. Création de deux Chambres: un sénat nommé par le sultan et une chambre des députés élus sans considération confessionnelle.

Les réformes qui suivirent furent encore plus radicale.

- Le califat est aboli le 3 mars 1924 par Mustafa Kemal Atatürk.

- La charia est abolie et remplacée par le code civil suisse

- Les confréries religieuses (soufies) furent abolies (pour passéisme)

- interdiction de porter en public des vêtements "religieux" (turban pour les hommes, voile pour les femmes)

- adoption du calendrier grégorien et repos le dimanche

- l'enseignement de type religieux traditionnel est remplacé par un enseignement moderne et neutre

- l'alphabet arabe est remplacé par l'alphabet latin.

La réforme kémaliste fut un fait considérable non seulement pour la Turquie, mais pour l'ensemble du monde musulman. Un peut partout dans le monde musulman  des réformes furent introduites à des degrés variables pour::

- développer un enseignement de type occidental

- améliorer la condition de la femme.

L'idée se répand de plus en plus que l'Etat devait se séparer de la religion, d'où une floraison d'idéologies nationalistes (nassérisme, Baas, révolution algérienne) qui vont chercher dans la race, la langue ou la volonté nationale des principes d'union que la religion ne fournissait plus.

Mais il y a plus encore: le laïcisme et le criticisme occidental ont amené des musulmans et même parfois des docteurs de la Loi à s'interroger sur les conditions dans lesquelles l'idéal islamique s'était lui-même constitué et imposé.

L''exemple le plus significatif est le brillant essai que publia en 1925 le cheikh 'Alî 'Abd ar-Râziq sur " l'islam et les fondements du pouvoir" (al-islâm wa usûl al-hukm). L'auteur y soutenait des thèses aussi révolutionnaires que celles selon lesquelles il n'y a jamais eu d'Etat islamique même du vivant du Prophète, que la religion musulmane n'avait rien à voir avec la forme d'Etat qui était apparue, que cette forme d'Etat ne devait donc pas être imposée et que le choix par les croyants du gouvernement auquel ils entendaient être soumis dépendait de leur libre décision.

Cet important ouvrage peut être lu dans une excellente traduction française: Ali Abderraziq, L’islam et les fondements du pouvoir, Editions La Découverte/CEDEJ, Paris, 1994