Le colonialisme ou l'intrusion massive de l'Europe en terre musulmane et la réaction de l'islam face à l'intrusion européenne 



 

La Révolution française


 

Depuis longtemps, le christianisme n'était plus ressenti comme une menace par le monde musulman. Malgré les reculs enregistrés par l'islam en Espagne, en Sicile et en Italie méridionale, l'islam avait globalement progressé en Europe grâce à l'expansion de l'empire ottoman. De plus le christianisme bien que reconnu comme une religion valable en tant que devancière de l'islam était considéré comme une religion dépassée.

 

La première menace européenne que l'islam ressentit contre ses propres convictions provint de la Révolution française, lorsque pour la première fois une propagande s'adressa aux musulmans non au nom d'une religion, mais d'une idéologie.

 

Les Ottomans étaient conscients de la menace. Ainsi dans un mémorandum rédigé au printemps 1788 pour le secrétaire-en-chef du sultan à l'intention du Conseil d'Etat ottoman, les événements stupéfiants survenus en France étaient ainsi décrits :

 

'' Les athées connus et célèbres, Voltaire et Rousseau et d'autres matérialistes comme eux ont imprimé et publié divers ouvrages qui contiennent des injures et des blasphèmes à l'égard des prophètes purs et des grands rois, le souhait de l'abolition de toute religion, ainsi que des allusions à la douceur de l'égalité et de l'idéologie républicaine. Tout cela exprimé exprimé avec des mots et des phrases facilement compréhensibles, sous forme de dérision, et dans la langue du commun du peuple.

Les ressortissants de la nation française ne croient pas en l'unicité du Seigneur des cieux et de la terre, ni en l'envoi d'un intercesseur au Jour dernier, mais ils ont abandonné toute religion, niant l'au-delà et ses châtiments. Ils ne croient pas au Jour de la résurrection et prétendent que seul le temps qui passe nous détruit et qu'il n'existe rien en dehors du sein qui nous a donné la vie, et de la terre qui nous avale, et que, de plus, il n'existe pas de résurrection ni de Jugement dernier, aucune épreuve, ni sanction, pas d'interrogatoire, ni de réponse. Ils expliquent que les livres que les prophètes ont apportés sont ouvertement des faux et que le Coran, la Thora et les Evangiles ne sont que mensonges et bavardages et que ceux qui se désignent comme prophètes ont trompé des hommes ignorants, que tous les hommes de par leur humanité sont égaux, qu'aucun n'a mérité de supériorité sur l'autre et que chacun dispose librement de sa personne et détermine lui-même son devenir dans la vie.

Par de telle vaines croyances, ils ont érigé de nouveaux principes et édicté des lois que Satan leur a soufflées, ils ont détruit les bases de la religion et ont rendu légales des choses interdites et se sont arrogés ce que leur passion désirait . Ils ont entraîné les masses du peuple, qui sont devenues comme des fous délirants dans leurs sacrilèges, ont produit des troubles dans les religions et ont semé la discorde entre les rois et les Etats.

[…] Puis les Français dirigèrent leur impiété et leurs complots contre la communauté de Mohammed ''.

 

Le choc colonial 


Bonaparte ouvrit l'ère du colonialisme occidental ( 1798-1962) par son expédition en Egypte (1798-1801).


Au début du 20ème s., c'est l'ensemble du monde musulman qui est tombé sous la domination européenne, soit française, soit anglaise.


Les expansions coloniales furent d'abord perçues par les musulmans comme de nouvelles croisades contre leur pays. Elles déclenchent des réactions de défense, en ordre dispersé, sans coordination, sans grande efficacité devant la puissance offensive des Européens.

La résistance est menée par des méthodes militaires archaïques, souvent par des hommes qui se  placent sous la bannière de la foi, après l'effondrement des structures politiques locales: marabouts (chefs de confréries religieuses), chérifs (qui se réclament de la descendance su Prophète), mahdi-s (fondateurs de courants messianiques comme au Soudan). Tous se dressent un peu partout pour prêcher le réarmement moral de la Communauté, le retour aux sources de la foi, et la restauration de la Tradition du Prophète comme voie de salut pour les musulmans.

Beaucoup interprètent les échecs historiques du monde musulman comme un avertissement, sinon comme un châtiment divin. Dans les milieux réformateurs, on réfléchira sur la situation à la lumière d'un verset coranique fameux  (Coran 13.11): "Dieu ne changera pas la condition d'un peuple tant que celui-ci ne changera pas ce qui est en lui-même"..Ils en tirent les conclusions suivantes:

1) Si les musulmans connaissent un sort défavorable, c'est qu'ils ont démérité par un changement dans leur comportement individuel et collectif au regard des exigences fondamentales de la Révélation.

2) Le salut résidera dans un changement qui les rende aptes à mériter la grandeur et le bonheur auxquels ils aspirent.

Durant l'époque coloniale, les prédicateurs mettent donc l'accent sur le principe de la nécessaire régénération morale et politique de l'islam.

De ce choc avec l'occident sont nés cinq grands courants:

1)  Le courant laïciste avec, notamment,  Kemal Atatürk en Turquie, le parti Baas de Michel Aflaq en Syrie et en Irak . Ce courant est encore aujourd'hui au pouvoir en Turquie, en Syrie,  et en Egypte.

2) Le courant réformiste  ou moderniste, dit salafiyya  (Jamâl ed-dîn al-Afghânî, Mohammed Abduh, Rachîd Ridâ) 

3) Le courant intégriste radical avec les Frères Musulmans de Hassan al-Bannâ et l'idéologue   Sayyid Qutb

4) Le courant fondamentaliste piétiste: le wahhabisme en Arabie saoudite ou salafiste  (à ne pas confondre avec le n° 2: le corant réformiste ou moderniste dit salafiyya)

5) L'islam djihadiste.