L' intégrisme musulman ou l'islamisme

 

 

Hasan al-Bannâ (1906-1949) et l'Association des Frères Musulmans


Hasan  (Hassan) al-Bannâ' (HB) naquit en 1906 à al-Mahmûdiyya dans la province égyptienne d'al-Buhayra à l'ouest d'Alexandrie, d'un père horloger, qui avait aussi des activités religieuses, puisqu'il édita le Musnad d'Ahmad b.Hanbal et composa des ouvrages sur le hadîth et assurait la fonction d'imam à la mosquée du village.

HB était l'aîné de cinq garçons. Il reçut sa première formation dans son village natal de 1914 à 1918, puis au chef lieu Damâhur, tout en s'initiant au métier d'horloger et au travail de reliure.


La réforme des moeurs


C'est dans l'école de Damâhur Que HB commença à pratiquer la grande passion de sa vie: la réforme des moeurs.  Il sera élu président d'une "association pour les bonnes moeurs", créée à l'instigation de l'un de ses instituteurs. Un peu plus tard, il participera à une "association contre les violations de la Loi" dont les membres faisaient parvenir de façon anonyme des remontrances écrites aux personnes suspectées d'avoir enfreint quelque principe religieux ou moral.


HB montre aussi un certain penchant pour les pratiques soufies: il jeûne le lundi et le jeudi (jeûne da David) et il sera membre de la confrérie Husâfiyya.


En 1920, à 14 ans, HB décide de s'orienter vers le métier d'instituteur plutôt que vers le cycle d'études préparatoires à Al-Azhar.


De 1920 à 1923, HB assura les fonctions de muezzin de l'oratoire de l'école de Damâhur. Il fut amené à protester contre l'horaire des cours qui ne tenaient pas compte des heures de la prière. très tôt le matin, il allait par les rues de la petite ville réveiller les gens pour la prière.

En 1923, à 17 ans, HB est admis à l'école normale du Caire  (Dâr al-'ulûm), fondée en 1872 par 'Alî Pacha Mubârak pour donner aux futurs professeurs et instituteurs une formation ouverte sur les disciplines modernes.

Avec des amis, il fait des tournées dans les cafés pour prêcher aux consommateurs le retour à la pratique religieuse  et à l'observance de la loi islamique. Ce souci de rencontrer les gens aux heures et aux lieux de loisirs a toujours été jusqu'à nos jours un trait caractéristique des Frères Musulmans.


Déjà il s'engage à lutter contre l'emprise laïque occidentale et l'imitation aveugle des Européens.


En juin 1927, à 20 ans, HB reçoit le diplôme final de l'école normale et est nommé insituteur à Ismâ'îliyya.


HB fonde le Mouvement des Frères Musulmans (djam'iyyat al-ikhwân al-muslimîn) le 11 avril 1929 (Dhû l-Qa'da 1347).


La formation des militants est particulièrement soignée: lecture et commentaire du Coran, étude du hadîth, du fiqh, de l'histoire musulmane, de la vie du Prophète, formation pratique à la prédication. 60 personnes suivent cette préparation la première année.

En octobre 1932, le siège de la société est transféré au Caire où HB venait d'être muté.

Avril 1933: la branche féminine des "Soeurs Musulmanes " est créée.


Le combat politique


Les frères Musulmans (FM) s'engagent très vite dans le combat politique. Ils soutiendront la cause de la Palestine arabe dès 1936. pendant la seconde guerre mondiale, HB mène une campagne nationaliste contre la Grande-Bretagne. A l suite d'activités jugées subversives, il fut muté en Haute-Egypte et brièvement emprisonné. C'est de cette époque que date ses premiers rapports avec des officiers égyptiens, tout particulièrement Anouar El-Sadate (l'artisan des accords de Camp David).


De 1942 à 1944 les FM collaborent non sans heurts avec le parti Wafd, alors au pouvoir.


Après la guerre, les FM demandent  la révision des accords anglo-égyptiens et la réalisation de l'unité de la vallée du Nil  (Soudan et Egypte) et l'islamisation du droit (retour à la charia).


Les FM sont dissous le 8 décembre 1948 pour menées subversives contre la sécurité de l'Etat. Le 28 décembre 1948 le chef du gouvernement Fahmi El-Noukrachi est assasssiné par un jeune frère musulman. HB tente de s'entendre avec le nouveau gouvernement et réprouve ouvertement tous les actes de violence.


Le 12 février 1949  HB est assassiné à son tour.


Sayyid Qutb (1906-1966) : l'idéologue de l'islamisme


Sayyid Qutb (SQ) est né en 1906 dans un village proche d'Assiout en Haute-Egypte. Il était diplômé de l'Ecole normale du Caire comme Hassan al-Bannâ' et mena une carrière d'enseignant et d'homme de lettres. Il fut l'ami des trois plus grands écrivains contemporains: Taha Hussein, Taoufîq al-Hakîm et 'Aqqâd.


SQ résida deux ans aux Etats-Unis, de 1949 à 1951.

En 1951 il adhère à l'Association des Frères Musulmans, où il est nommé responsable de ma mission (da'wa), de la propagande et de l'idéologie.


Arrêté et torturé fin 1954, il passera le restant de sa vie en prison, hormis huit mois de liberté   (un piège selon ses amis) de décembre 1964 à août 1965.


Il fut exécuté, sur l'ordre de Nasser, par pendaison le 29 mai 1966.


Il a écrit quantité d'ouvrages dont le célèbre "Jalons sur la route de l'islam"  (existe en traduction française) et son non moins célèbre   - et monumental- commentaire du Coran (fî zilâl al-qur'ân).


Le théoricien de l'islamisme politique


L'islamisme de SQ s'oppose à l'arabisme de Michel Aflaq, qui recherchait l'unité de tous les arabes (sur la base de la langue) et non l'unité de tous les musulmans (donc sur la base de la religion).


La société islamique est la flèche terminale, la réalisation terminale de l'humanité. En tant que communauté d'Abraham, elle est en quelque sorte le peuple élu.


Si la communauté musulmane a été finalement élue de préférence aux juifs et aux chrétiens, c'est que les chrétiens et les juifs auraient privé le genre humain de la Loi, la Charia, et de la guidance divine.


 Si la communauté musulmane n'occupe pas la place qui lui revient par élection divine à la tête du genre humain, c'est qu'elle néglige son propre système, qu'il convient donc de restaurer, notamment la charia.