Juifs et chrétiens

 


 Les chrétiens étaient surtout localisés en Arabie du Sud, au Yémen et au nord, sur la frontière byzantine et perse.

En Arabie centrale (le Hédjaz), là où précisément l'islam est né, il n' y avait pas de communautés chrétiennes constituées. Mais il y avait des chrétiens isolés à La Mecque, le plus souvent des esclaves ou des commerçants de passage.

 


Les Juifs

 


Au Yémen

Il y avait une importante communauté juive au Yémen, qui a subsisté jusqu'en 1948, date à laquelle elle a émigré en Israël. C'était la plus importante communauté juive du monde arabe. L'influence de la population juive est en continuelle progression au cours du 4ème et du 5ème s., à tel point que, dès le milieu du 5ème s., il y avait un roi juif, Dhou Nowâs. Celui-ci se mit à persécuter les chrétiens du Nadjrân, ce qui provoqua l'intervention du roi abyssin Ela Asbaha. Dhou Nowâs s'enfuit alors dans les montagnes. Puis il se vengea en faisant brûler l'église de la ville de Nadjrân (capitale de la région du même nom). Par la suite, cette région retomba sous domination abyssine, et le gouverneur abyssin fit construire une magnifique église à Sanaa.


 En Arabie centrale

Il y avait aussi des juifs tout au long de la route commerciale qui va de Palestine au Yémen.

Il est sûr qu'il y avait dans certaines villes d'Arabie centrale (là où est né l'islam) d'importantes communautés juives. Ainsi 1/3 des oasis autour de Médine étaient possédées par des tribus juives: Tayma, Khaybar (de l'hébreu khéber, "communauté"). Dans ces oasis, les juifs étaient agriculteurs.

D'où venait cette population juive ?

Certains juifs ont pu s'installer en Arabie assez tôt, dès le 6ème s. lors de l'Exil. D'autres sont venus plus tard, fuyant les légions romaines qui, en 70 sous le commandement de Titus, allaient s'emparer de Jérusalem. Parmi ces réfugiés, il y avaient sans doute des esséniens, qui avaient abandonné le site de Qumrân.

A Médine, il y avait trois (ou peut-être quatre) tribus juives: les Banû Qurayza, les Banû n-Nadîr (à l'extérieur de la ville, à Khaybar), et les Banû Qaynuqâ'.

A l'origine la ville de Yathrib (la future Médine) semble avoir été une ville juive. Les quelques Arabes qui y habitaient étaient soumis aux juifs. Ils étaient leurs protégés (djiwâr ou hilf). Par la suite deux grandes tribus arabes s'y installèrent; les Aws et les Khazradj. Au début, elles furent entièrement sous la dépendance des tribus juives. Cette dépendance se matérialisaient par le droit de cuissage (de la première nuit), qu'y exerçait l'un des chefs des tribus juives: Fityawn des Banû Tha'laba. A l'époque de l'hégire (622), cette dépendance avait cessé, et les deux communautés semblaient entretenir des liens égalitaires.

 

 

Les Chrétiens

 

 

 Arabie du Sud

 

Vers la fin du 4ème s. la mission chrétienne s'est installée au Yémen D'où venaient ces missionnaires ?

 

  1. Soit du nord: de la Syrie ou d'Irak, et le syriaque devait être leur langue liturgique
  2. Soit du sud, d'Ethiopie, puisque le Yémen se trouve juste en face de l'Ethiopie et qu'au 4ème s. la partie sud-est du Yémen était sous domination abyssine.

 

Quel était le rite de cette Eglise d'Arabie du sud ?

 

Dès le début, le rite et la doctrine de ces Eglises étaient fortement éthiopisées.

 

La restauration du christianisme yéménité après la conquête introduisit finalement l'Eglise monophysite d'Abyssinie. Par la suite, l'Arabie du Sud a été coupée de ses relations avec le christianisme occidental d'Ethiopie et elle tomba sous influence perse, et devint nestorienne.

 

Il semble donc qu' à l'époque de Mohammed, cette Eglise ait été nestorienne.

 

On a des documents qui attestent qu'un évêque de cette Eglise, Icho'yab ("Icho" signifie Jésus en arabe du sud), avait écrit à Mohammed pour demander sa protection pour les chrétiens de son Eglise qui habitaient dans les territoires qui relevaient de la juridiction musulmane. Selon certains, documents il serait même allé voir personnellement Mohammed à Médine: c'est le fameux épisode de la mubâhala.


 

En Arabie du nord

 

  1. Arabes établis sur les frontières de l'Irak

    Ils étaient devenus chrétiens d'assez bonne heure. Il y avait des monophysites, mais les nestoriens étaient majoritaires.

    A la fin du 6ème s. apparaît le premier roi chrétien, Nowâs III.

  2. Arabes établis aux frontières de l'empire byzantin, dans la région de Damas

 

Eux aussi avaient adopté de bonne heure le christianisme. C'était des monophysites zélés.

 

Les princes de cette région, les Ghassanides, étaient tous illettrés, ce qui montre que ces chrétiens du nord comme les chrétiens du centre de l'Arabie étaient de formation religieuse assez déficiente.

 

A cette époque-là, on faisait encore la distinction entre chrétiens avancés ou parfaits, et les catéchumènes. Les catéchumènes n'étaient pas admis à connaître les mystères du christianisme et devaient quitter l'église après la première partie de la messe, après la liturgie de la Parole, avant l'eucharistie. Or, pratiquement tous les Arabes chrétiens de cette région étaient catéchumènes. Ceci expliquerait, selon certains, pourquoi Mohammed avait une connaissance assez rudimentaire du christianisme.

 

Il y avait aussi un certain nombre d'ascètes chrétiens qui habitaient le désert, en particulier les stylites (qui avaient établi leur cellule au sommet d'une colonne !), cf. Coran 57.27.

 

Le christianisme d'Arabie centrale était un christianisme populaire, non dogmatique, loin du christianisme sophistiqué de Byzance.


 

Pour aller plus loin:

 

Tor Andrae, Les origines de l'islam et le christianisme

 

Gïnter Lüling, Die Wiederentdeckung des Propheten Muhammad, Eine Kritik am "christlichen" Abendland, Erlangen, 1981

 

Alfred Louis PREMARE, Les fondations de l’Islam entre écriture et histoire, Paris, Seuil, 2002

 

Ignac GOLDZIHER, Les sources de l’Islam, Paris, Desclée de Brouwer, 2003

 

Edouard-Marie GALLEZ,  Le messie et son prophète, Aux origines de l'islam, Editions de Paris, 2005,  Versailles, 2 vol.

 

Christoph LUXENBERG, Die Syro-Aramäische Lesart des Koran. Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Koransprache. Berlin, Verlag Hans Schiler, 2004², 351 p.

 

 

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